« Certes, bien que les hommes aient ceci naturellement, c’est à dire, dès leur naissance, et de ce qu’ils naissent animaux, qu’ils désirent et tâchent de faire tout ce qui leur plaît, et qu’ils fuient avec crainte, ou qu’ils repoussent avec colère les maux qui les menacent, toutefois, ils ne doivent pas être pour cela estimés méchants; parce que les affections de l’âme qui viennent de la nature animale, ne sont point mauvaises en elle-même, mais bien quelque fois les actions en procèdent, c’est à savoir, lorsqu’elles sont nuisibles et contre le devoir. Si vous donnez aux enfants tout ce qu’ils désirent, ils pleurent, ils se fâchent, ils frappent leurs nourrices, et la nature les porte à en user de sorte. Cependant ils ne sont pas à blâmer, et on ne dit pas qu’ils sont mauvais, car premièrement, parce qu’ils peuvent point faire de dommage, en après, à cause qu’étant privés de l’usage de la raison, ils sont exempts de tous les devoirs des autres hommes.